RGIE 2026 : ce qui change pour les installations électriques domestiques en Belgique
Le RGIE belge a été refondu le 1er avril 2026. PV, batteries, bornes VE : tour d'horizon des nouvelles obligations pour les installations résidentielles.
Le 1er avril 2026, la version refondue du Règlement Général sur les Installations Électriques (RGIE) est entrée en application. Cette refonte intègre pour la première fois explicitement le photovoltaïque résidentiel, les batteries domestiques et les bornes de recharge VE — trois technologies qui étaient jusqu'ici régies par un patchwork d'arrêtés, de prescriptions Synergrid et de bonnes pratiques. Le texte est l'arrêté royal du 6 octobre 2025, publié au Moniteur belge le 29 octobre 2025 et applicable depuis le 1er avril 2026.
📊 Ce qu'il faut savoir avant de lire Le RGIE est le code technique qui régit toute installation électrique en Belgique depuis 1981, quel que soit le réseau (Fluvius, ORES, Sibelga, RESA). Il complète mais ne remplace pas les prescriptions Synergrid C10/11 (raccordement, injection) et C2/112 (compteur). Cet article suppose que vous comprenez déjà ce qu'est un différentiel, un sectionneur DC et une protection anti-îlotage.
Pourquoi cette refonte maintenant ?
Le RGIE actuel date de la refonte de 2020 (trois Livres), déjà révisée une première fois par l'arrêté royal du 3 octobre 2024, applicable depuis le 1er mars 2025 (salles de bain, prises de courant, lieux accessibles au public). La version d'avril 2026 est donc la deuxième révision en un an. Le SPF Économie (le service public fédéral en charge de l'énergie et de la sécurité électrique) pointe un décalage devenu problématique : les installations récentes — PV, bornes VE, batteries — se sont multipliées plus vite que le cadre normatif censé les encadrer.
La refonte poursuit trois objectifs : intégrer les technologies bas carbone (PV, batterie, VE) dans le corps principal du règlement, harmoniser avec la norme EN 50549-1 (les conditions de raccordement des producteurs au réseau basse tension), et clarifier les obligations sur les installations existantes — un point qui était jusqu'ici source d'interprétations contradictoires entre organismes agréés.
Concrètement, le texte étoffe le RGIE d'articles spécifiquement dédiés aux nouvelles technologies : courant continu, photovoltaïque, batteries, bornes de recharge. Les organismes de contrôle agréés (Vinçotte, BTV, ACEG…) appliquent des grilles de vérification mises à jour en conséquence.
Photovoltaïque : ce qui change concrètement
Le RGIE 2026 impose désormais explicitement, pour toute installation PV résidentielle, un sectionneur DC accessible côté modules avant l'onduleur, conforme à la EN 60947-3 (la norme produit pour les appareils de commutation basse tension). Ce sectionneur doit être manœuvrable sans outil et signalé par une étiquette normalisée jaune-rouge.
La protection contre les surtensions atmosphériques (parafoudre type 2) devient obligatoire côté DC dès que la longueur de chaîne dépasse 10 mètres ou que l'installation est en zone exposée — une carte de zonage est annexée au texte. Pour la majorité des toitures wallonnes et bruxelloises, on est en zone modérée et le parafoudre type 2 suffit. Côté flamand, plusieurs communes côtières basculent en zone exposée et requièrent un type 1+2 combiné.
La résistance d'isolement est mesurée par l'organisme agréé lors du contrôle de conformité : au moins 1 000 fois la tension d'essai, soit 0,5 MΩ sous 500 V et 1 MΩ sous 1 000 V (tableau 6.1 du Livre 1). Ce n'est pas une nouveauté 2026 : la règle vaut pour tout circuit, DC compris.
🔧 Pour les techniciens Le chapitre 7.112 du Livre 1 (installations PV domestiques jusqu'à 10 kVA) impose le repérage des conducteurs DC, des panneaux d'avertissement « Ne pas déconnecter en charge » et « Installation électrique toujours sous tension », et la mise à la terre des cadres des modules (section 2,5 mm² avec protection mécanique, 4 mm² sans). Le rapport de contrôle mentionne le nombre et la puissance des modules ainsi que le type et le numéro de série des onduleurs.
Batteries domestiques : conformité Synergrid intégrée
C'est probablement l'évolution la plus structurante. Jusqu'en 2026, une batterie domestique relevait des prescriptions Synergrid C10/26 (le document qui définit les conditions de raccordement des unités de stockage au réseau BT belge), mais sans assise dans le RGIE lui-même. Résultat : des installations conformes Synergrid mais retoquées par certains organismes, et inversement.
Le RGIE 2026 ajoute au Livre 1 les schémas de mise à la terre en courant continu (TN, TT, IT) et les mesures de protection contre les contacts indirects associées, ce qui donne enfin une assise réglementaire aux circuits DC des batteries. Les exigences anti-îlotage (seuils de fréquence, temps de déconnexion) restent définies par les prescriptions Synergrid C10/11 et C10/26 et la norme EN 50549 ; le RGIE, lui, fait vérifier par l'organisme agréé la coupure automatique en moins de 5 secondes en cas de perte du réseau (section 7.112.3).
Point souvent mal compris : le chapitre 7.103 du Livre 1 (batteries d'accumulateurs) exclut explicitement les batteries domestiques de son champ. Pour une batterie résidentielle, ce sont donc les prescriptions générales du RGIE (influences externes du local, protection des circuits DC) et surtout les consignes du constructeur (plage de température, ventilation, humidité) qui s'appliquent. Un détecteur de fumée dans le local reste une bonne pratique recommandée par les installateurs, pas une obligation RGIE.
Côté raccordement au tableau, le circuit batterie est isolé par un disjoncteur dédié et un sectionneur de proximité. La conformité C10/26 doit être attestée par le déclarant lors de la déclaration au GRD (Fluvius, ORES, Sibelga, RESA selon votre commune).
Bornes de recharge VE : le différentiel type B devient la règle
Le point qui va impacter le plus de chantiers concrets. Le RGIE 2026 rend obligatoire un différentiel de type B 30 mA pour toute borne de recharge VE résidentielle, sauf si un dispositif de détection de courant continu résiduel (RDC-DD, norme produit IEC/EN 62955) est associé à un différentiel de type A ou F, en amont ou intégré à la borne (sous-section 7.22.4.1 du Livre 1, qui décrit les deux options sans citer de norme).
Pourquoi le type B ? Parce que les véhicules électriques modernes peuvent injecter dans la boucle de mise à la terre des courants de défaut à composante continue lisses, que les différentiels classiques type A ou F ne détectent pas. Un défaut DC peut "aveugler" un type A, qui reste fermé alors qu'un courant de fuite circule. Le type B couvre les fréquences de 0 Hz (DC pur) à 1 kHz.
🔧 Pour les techniciens Courbes de déclenchement comparées : un type A déclenche pour des courants AC sinusoïdaux (50 Hz) et des courants pulsés DC, mais sa courbe de sensibilité s'effondre au-delà de quelques mA DC lisses. Le type B maintient un déclenchement à 30 mA sur toute la plage 0–1000 Hz selon EN 62423. Pour les bornes triphasées 11 kW (3×16 A), le type B AC + DC-RDD intégré au chargeur est l'alternative économique la plus courante en 2026 — vérifier la mention "RDC-DD intégré conforme IEC 62955" dans la fiche produit.
Cette obligation s'applique aux installations neuves mises en service après le 01/04/2026. Pour les bornes installées avant cette date avec un type A, pas de mise en conformité rétroactive sauf modification de l'installation. C'est cohérent avec la logique générale du RGIE : on ne demande pas de tout refaire, mais toute intervention déclenche la mise à jour.
Installations existantes : quand passer le contrôle ?
Question récurrente que nous recevons. Le RGIE 2026 maintient le principe : vérification de conformité tous les 25 ans pour les installations résidentielles, plus à chaque modification significative. Ce qui change, c'est la définition de "modification significative" :
- Ajout d'un onduleur PV ou d'un onduleur hybride → contrôle obligatoire
- Ajout d'une batterie domestique → contrôle obligatoire (même si onduleur déjà déclaré)
- Pose d'une borne de recharge VE > 3,7 kW → contrôle obligatoire
- Remplacement du tableau divisionnaire ou du tableau principal → contrôle obligatoire
- Ajout d'un seul circuit (ex. un nouveau radiateur) → pas de contrôle, mais déclaration auprès de l'organisme conseillée
Le coût d'un contrôle résidentiel démarre en 2026 autour de 165 € TVAC chez plusieurs organismes (Atlas Contrôle, Certinergie), davantage selon la taille de l'installation. Les délais varient selon l'organisme et la région : demandez-les avant de réserver.
Vente d'un bien : le piège du certificat de conformité
Depuis 2020, toute vente immobilière en Belgique exige la production d'un certificat de conformité électrique ou, à défaut, la mention au compromis que l'acheteur reprend l'installation en l'état avec obligation de mise en conformité dans les 18 mois.
Avec le RGIE 2026, les installations PV non déclarées ou non contrôlées deviennent un point de blocage fréquent lors des ventes immobilières : le notaire ou l'acheteur peut exiger la preuve de conformité avant de passer l'acte, ce qui retarde le compromis quand les documents manquent.
Le réflexe : avant de mettre en vente, demander à votre installateur d'origine la déclaration de conformité C10/11 ou C10/26 et le rapport du dernier contrôle. Si l'installateur a disparu (cas fréquent pour les PV posés en 2010-2015), un organisme agréé peut établir un rapport de conformité rétroactif moyennant 350-500 €.
Comment vérifier qu'un installateur applique bien le RGIE 2026
La certification Rescert (le système belge de qualification des installateurs d'énergies renouvelables) a été mise à jour le 1er mars 2026 pour intégrer le nouveau RGIE. Demandez systématiquement le numéro Rescert de votre installateur et vérifiez sur rescert.be qu'il est à jour pour la catégorie concernée (PV-A, PV-B, batterie, borne).
Pour les bornes VE en particulier, la qualification BCCA (le label sectoriel des installateurs de bornes) couvre désormais les exigences type B / DC-RDD. Un devis qui ne mentionne pas explicitement le type de différentiel ou la conformité EN 62423 est un signal faible — pas rédhibitoire, mais à creuser.
Sources tier 1 et 2 belges utiles à garder sous le coude :
- SPF Économie (texte officiel et FAQ RGIE 2026) : economie.fgov.be
- Synergrid (prescriptions C10/11, C10/26) : synergrid.be
- CREG (régulateur fédéral) : creg.be
- Pour les primes : SPW Énergie (Wallonie, régime jusqu'au 30/09/2026), MijnVerbouwPremie (Flandre) — les primes Renolution bruxelloises sont suspendues
Pour aller plus loin
Si vous préparez un projet PV, batterie ou borne en Belgique : commencez par identifier votre GRD (Fluvius, ORES, Sibelga ou RESA), puis demandez à deux installateurs Rescert un devis qui mentionne explicitement la conformité RGIE 2026. La différence de prix entre un devis "à l'ancienne" et un devis 2026 conforme tourne autour de 4-7 %, principalement dû au différentiel type B et au sectionneur DC normalisé. Ce n'est pas le poste sur lequel négocier.
Stephan De Grove
Intégrateur d'énergie en Belgique · Rescert PAC N° 08430 · Rescert PV N° 07207 · KNX Expert
Conçoit des systèmes résidentiels qui combinent solaire, stockage, PAC, EMS et domotique. Écrit sur ce qu'il voit sur le terrain, pas sur ce qu'il lit dans les brochures.
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