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RGIE 2026 : ce qui change pour les installations électriques domestiques en Belgique

Le RGIE belge a été refondu le 1er avril 2026. PV, batteries, bornes VE : tour d'horizon des nouvelles obligations pour les installations résidentielles.

RGIEréglementationBelgiqueélectricité

Le 1er avril 2026, la version refondue du Règlement Général sur les Installations Électriques (RGIE) est entrée en application. Cette refonte intègre pour la première fois explicitement le photovoltaïque résidentiel, les batteries domestiques et les bornes de recharge VE — trois technologies qui étaient jusqu'ici régies par un patchwork d'arrêtés, de prescriptions Synergrid et de bonnes pratiques. Le SPF Économie, qui pilote le texte, a publié la version consolidée au Moniteur belge le 18 mars 2026.

📊 Ce qu'il faut savoir avant de lire Le RGIE est le code technique qui régit toute installation électrique en Belgique depuis 1981, quel que soit le réseau (Fluvius, ORES, Sibelga, RESA). Il complète mais ne remplace pas les prescriptions Synergrid C10/11 (raccordement, injection) et C2/112 (compteur). Cet article suppose que vous comprenez déjà ce qu'est un différentiel, un sectionneur DC et une protection anti-îlotage.

Pourquoi cette refonte maintenant ?

L'ancien RGIE datait pour l'essentiel de 2020, avec des annexes empilées au fil des évolutions technologiques. Selon le SPF Économie (le service public fédéral en charge de l'énergie et de la sécurité électrique), 38 % des sinistres électriques résidentiels recensés en 2024 concernaient des installations PV ou des bornes VE posées sans cadre normatif clair.

La refonte poursuit trois objectifs : intégrer les technologies bas carbone (PV, batterie, VE) dans le corps principal du règlement, harmoniser avec la norme EN 50549-1 (les conditions de raccordement des producteurs au réseau basse tension), et clarifier les obligations sur les installations existantes — un point qui était jusqu'ici source d'interprétations contradictoires entre organismes agréés.

Vue d'un tableau électrique résidentiel belge avec compteur numérique
Vue d'un tableau électrique résidentiel belge avec compteur numérique

Concrètement, le texte fait passer le RGIE de 280 à 412 articles, dont une cinquantaine spécifiquement dédiés aux nouvelles technologies. Les organismes de contrôle agréés (Vinçotte, BTV, ACEG…) ont reçu leurs grilles de vérification mises à jour fin février 2026.

Photovoltaïque : ce qui change concrètement

Le RGIE 2026 impose désormais explicitement, pour toute installation PV résidentielle, un sectionneur DC accessible côté modules avant l'onduleur, conforme à la EN 60947-3 (la norme produit pour les appareils de commutation basse tension). Ce sectionneur doit être manœuvrable sans outil et signalé par une étiquette normalisée jaune-rouge.

La protection contre les surtensions atmosphériques (parafoudre type 2) devient obligatoire côté DC dès que la longueur de chaîne dépasse 10 mètres ou que l'installation est en zone exposée — une carte de zonage est annexée au texte. Pour la majorité des toitures wallonnes et bruxelloises, on est en zone modérée et le parafoudre type 2 suffit. Côté flamand, plusieurs communes côtières basculent en zone exposée et requièrent un type 1+2 combiné.

L'isolement de chaîne doit dépasser 1 MΩ à la mise en service et être consigné dans le rapport de conformité. C'est une nouveauté : avant 2026, ce contrôle existait dans les prescriptions Synergrid mais pas dans le RGIE lui-même, ce qui créait des zones grises lors des contrôles décennaux.

🔧 Pour les techniciens L'article 5.2.3.7 précise que pour les chaînes en série dépassant 600 V DC, la signalétique doit indiquer la tension Uoc(STC) corrigée à -10°C, soit typiquement Uoc × 1,12 pour des modules silicium cristallin. Le coefficient de température β-Voc des modules doit figurer dans le dossier technique remis à l'organisme de contrôle.

Batteries domestiques : conformité Synergrid intégrée

C'est probablement l'évolution la plus structurante. Jusqu'en 2026, une batterie domestique relevait des prescriptions Synergrid C10/26 (le document qui définit les conditions de raccordement des unités de stockage au réseau BT belge), mais sans assise dans le RGIE lui-même. Résultat : des installations conformes Synergrid mais retoquées par certains organismes, et inversement.

Le RGIE 2026 intègre directement les exigences anti-îlotage de la EN 50549-2 (la norme européenne pour les unités de production et de stockage raccordées au BT). En clair, la batterie doit se déconnecter du réseau en moins de 200 ms en cas de perte de tension réseau ou de dérive de fréquence (49,5–50,5 Hz en plage normale). Cette exigence existait déjà via Synergrid, mais elle est désormais opposable à l'organisme de contrôle, qui peut refuser la conformité en cas de doute.

Batterie domestique murale dans un local technique résidentiel
Batterie domestique murale dans un local technique résidentiel

Nouveauté pratique : la batterie doit être installée dans un local respectant les prescriptions thermiques de l'article 7.4.1.2 (entre 5 et 35°C ambiants pour le lithium fer phosphate, plages confirmées par le constructeur). Les caves humides non ventilées sont désormais explicitement exclues, sauf déshumidification active documentée. Un détecteur de chaleur ou de fumée est obligatoire dans le local de stockage dès 5 kWh installés — ce qui couvre quasiment toutes les installations résidentielles.

Côté raccordement au tableau, le circuit batterie est isolé par un disjoncteur dédié et un sectionneur de proximité. La conformité C10/26 doit être attestée par le déclarant lors de la déclaration au GRD (Fluvius, ORES, Sibelga, RESA selon votre commune).

Bornes de recharge VE : le différentiel type B devient la règle

Le point qui va impacter le plus de chantiers concrets. Le RGIE 2026 rend obligatoire un différentiel de type B 30 mA pour toute borne de recharge VE résidentielle, sauf si la borne intègre nativement la détection de courant DC résiduel (DC-RDD) certifiée selon la EN 62752 ou la EN 61851-1.

Pourquoi le type B ? Parce que les véhicules électriques modernes peuvent injecter dans la boucle de mise à la terre des courants de défaut à composante continue lisses, que les différentiels classiques type A ou F ne détectent pas. Un défaut DC peut "aveugler" un type A, qui reste fermé alors qu'un courant de fuite circule. Le type B couvre les fréquences de 0 Hz (DC pur) à 1 kHz.

🔧 Pour les techniciens Courbes de déclenchement comparées : un type A déclenche pour des courants AC sinusoïdaux (50 Hz) et des courants pulsés DC, mais sa courbe de sensibilité s'effondre au-delà de quelques mA DC lisses. Le type B maintient un déclenchement à 30 mA sur toute la plage 0–1000 Hz selon EN 62423. Pour les bornes triphasées 11 kW (3×16 A), le type B AC + DC-RDD intégré au chargeur est l'alternative économique la plus courante en 2026 — vérifier la mention "RDC-DD intégré conforme EN 62752" dans la fiche produit.

Cette obligation s'applique aux installations neuves mises en service après le 01/04/2026. Pour les bornes installées avant cette date avec un type A, pas de mise en conformité rétroactive sauf modification de l'installation. C'est cohérent avec la logique générale du RGIE : on ne demande pas de tout refaire, mais toute intervention déclenche la mise à jour.

Installations existantes : quand passer le contrôle ?

Question récurrente que nous recevons. Le RGIE 2026 maintient le principe : vérification de conformité tous les 25 ans pour les installations résidentielles, plus à chaque modification significative. Ce qui change, c'est la définition de "modification significative" :

  • Ajout d'un onduleur PV ou d'un onduleur hybride → contrôle obligatoire
  • Ajout d'une batterie domestique → contrôle obligatoire (même si onduleur déjà déclaré)
  • Pose d'une borne de recharge VE > 3,7 kW → contrôle obligatoire
  • Remplacement du tableau divisionnaire ou du tableau principal → contrôle obligatoire
  • Ajout d'un seul circuit (ex. un nouveau radiateur) → pas de contrôle, mais déclaration auprès de l'organisme conseillée

Le coût d'un contrôle résidentiel oscille en mai 2026 entre 180 € et 280 € selon l'organisme et la complexité. Les délais sont actuellement de 4 à 8 semaines en Wallonie, plus courts à Bruxelles, plus longs en Flandre où la demande est tirée par le boom PV de 2024-2025.

Vente d'un bien : le piège du certificat de conformité

Depuis 2020, toute vente immobilière en Belgique exige la production d'un certificat de conformité électrique ou, à défaut, la mention au compromis que l'acheteur reprend l'installation en l'état avec obligation de mise en conformité dans les 18 mois.

Avec le RGIE 2026, les installations PV non déclarées ou non contrôlées deviennent un point de blocage fréquent. Selon les retours des notaires belges (publication Fednot, mai 2026), environ 14 % des compromis immobiliers wallons en avril 2026 ont été retardés par une non-conformité PV ou batterie — le double de 2024.

Le réflexe : avant de mettre en vente, demander à votre installateur d'origine la déclaration de conformité C10/11 ou C10/26 et le rapport du dernier contrôle. Si l'installateur a disparu (cas fréquent pour les PV posés en 2010-2015), un organisme agréé peut établir un rapport de conformité rétroactif moyennant 350-500 €.

Comment vérifier qu'un installateur applique bien le RGIE 2026

La certification Rescert (le système belge de qualification des installateurs d'énergies renouvelables) a été mise à jour le 1er mars 2026 pour intégrer le nouveau RGIE. Demandez systématiquement le numéro Rescert de votre installateur et vérifiez sur rescert.be qu'il est à jour pour la catégorie concernée (PV-A, PV-B, batterie, borne).

Pour les bornes VE en particulier, la qualification BCCA (le label sectoriel des installateurs de bornes) couvre désormais les exigences type B / DC-RDD. Un devis qui ne mentionne pas explicitement le type de différentiel ou la conformité EN 62423 est un signal faible — pas rédhibitoire, mais à creuser.

Sources tier 1 et 2 belges utiles à garder sous le coude :

  • SPF Économie (texte officiel et FAQ RGIE 2026) : economie.fgov.be
  • Synergrid (prescriptions C10/11, C10/26) : synergrid.be
  • CREG (régulateur fédéral) : creg.be
  • Pour les primes : SPW Énergie (Wallonie), Renolution (Bruxelles), MijnVerbouwPremie (Flandre)

Pour aller plus loin

Cet article assume une connaissance technique du sujet. Si vous démarrez :

  • [N1 — Comprendre une installation électrique domestique] — ce qu'est un différentiel, comment circule l'électricité dans une maison, à quoi sert un tableau
  • [N2 — Dimensionner et installer un tableau électrique moderne] — choix des protections, intégration PV/batterie/borne, erreurs courantes

Et si vous préparez un projet PV, batterie ou borne en Belgique : commencez par identifier votre GRD (Fluvius, ORES, Sibelga ou RESA), puis demandez à deux installateurs Rescert un devis qui mentionne explicitement la conformité RGIE 2026. La différence de prix entre un devis "à l'ancienne" et un devis 2026 conforme tourne autour de 4-7 %, principalement dû au différentiel type B et au sectionneur DC normalisé. Ce n'est pas le poste sur lequel négocier.

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Stephan De Grove

Intégrateur d'énergie en Belgique · Rescert PAC N° 08430 · Rescert PV N° 07207 · KNX Expert

Conçoit des systèmes résidentiels qui combinent solaire, stockage, PAC, EMS et domotique. Écrit sur ce qu'il voit sur le terrain, pas sur ce qu'il lit dans les brochures.

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