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technologyDossier · 5 min

3×230V : les pièges que personne ne vous explique

Wallbox qui sature deux conducteurs sur trois, PAC à 40A sur un disjoncteur de 32A, solaire plafonné à 5 kVA, batterie borgne. Le détail.

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Si vous avez lu la première partie, vous savez maintenant ce qu'est le 3×230V et pourquoi la puissance disponible tombe à 12,7 kVA. Ce qui suit, c'est ce qui se passe concrètement quand on essaie d'installer des équipements modernes sur ce réseau. Chaque situation, je l'ai vue sur le terrain. Plusieurs fois.

Le wallbox qui mange toute la maison

Quand on pose un wallbox mono 32A entre deux phases, ça donne 7,4 kW de charge. En 400V+N, ces 32A prennent une phase sur trois, les deux autres restent libres pour le reste de la maison. Pas de conflit.

En delta, c'est une autre histoire. Les 32A passent dans L1 et L2 en même temps. Les deux conducteurs tapent à leur maximum. L3 est libre, en théorie, mais on ne peut rien brancher dessus sans repasser par L1 ou L2 parce que le triangle est fermé. Un appareil sur L2-L3 fait dépasser L2. Un appareil sur L3-L1 fait dépasser L1.

Le calcul en puissance laisse croire qu'il reste 5 kVA. En courant réel dans les conducteurs, il reste zéro. Le frigo qui redémarre, le four qu'on allume sans y penser, une lampe halogène, ça suffit pour faire passer un conducteur au-delà de 32A. En pratique, on dit aux clients : vous chargez la nuit, quand tout le reste est éteint. PAC coupée, induction éteinte, four éteint. C'est gérable si vous chargez tous les soirs, mais ce n'est pas ce qu'on imagine quand on investit dans un véhicule électrique.

La PAC qui refuse de démarrer

Les PAC monophasées fonctionnent en 3×230V, entre deux phases. Le problème vient au démarrage. Le compresseur a besoin d'un coup de courant pour lancer, ce qu'on appelle le courant d'appel. Sur les modèles capables de chauffer une maison entière, ça peut monter à 40A pendant quelques secondes.

Sur un raccordement 3×230V avec des disjoncteurs de 32A, le calcul est vite fait. 40A dans un conducteur limité à 32A, le disjoncteur coupe avant que le compresseur n'atteigne son régime. La PAC ne démarre pas. Ou elle démarre une fois sur deux, selon la charge du reste de la maison à ce moment-là.

Du coup, on est cantonné aux modèles de faible puissance. Pour une maison bien isolée, ça passe. Pour une maison des années 70 avec des murs creux non isolés qui demande 10 ou 12 kW thermiques, ça ne couvre pas le besoin. Et même quand la PAC tourne correctement, elle monopolise une paire de phases. Si le wallbox charge en même temps, on retombe dans le problème des conducteurs saturés.

Le solaire bloqué à 5 kVA par onduleur

Les onduleurs triphasés standard ne marchent pas en delta 3×230V. La solution classique, c'est un ou deux onduleurs monophasés. Chaque onduleur injecte sur une paire de phases, et la prescription technique Synergrid C10/11 limite le déséquilibre à 5 kVA maximum. Un onduleur mono ne peut donc pas dépasser 5 kVA.

Il existe des onduleurs delta compatibles. SolarEdge en propose avec un firmware spécifique (V3.2171+), Deye a un hybride de 7,6 kW adapté au delta. Mais le choix est très restreint comparé à ce qui existe en 400V+N, et les prix sont plus élevés.

Avec deux onduleurs mono sur deux paires de phases, on arrive à 10 kVA de production. C'est de l'énergie réelle, personne ne dit le contraire. Mais ces deux onduleurs ne se parlent pas entre eux, ne se coordonnent pas avec le wallbox pour envoyer le surplus vers la voiture, ne créent pas un réseau étoile en backup. On a deux composants isolés, pas un système. En 400V+N, un seul onduleur triphasé fait tout ça nativement.

La batterie qui ne voit qu'un tiers de la maison

En 400V+N, une batterie triphasée voit toute l'installation. Elle charge quand il y a du surplus, décharge quand la consommation monte, et l'équilibrage entre phases est automatique.

En 3×230V, on est en mono. Un seul onduleur maître, branché sur une seule paire de phases. Le compteur de passage au raccordement mesure le flux total de la maison, et l'onduleur s'en sert pour décider quand charger et quand décharger. Jusque-là, ça tient. Mais l'énergie sort physiquement sur une seule paire de phases. Si la PAC tire sur une autre paire et la borne sur la troisième, l'énergie de la batterie n'arrive pas jusqu'à eux directement. Elle passe par le réseau.

Aujourd'hui, le compteur digital belge compense entre phases. Il fait le solde net. Vous réinjectez d'un côté, vous consommez de l'autre, et la facture reflète le total. Ça fonctionne.

Mais si la Belgique passe un jour à une facturation par phase ou à des tarifs différenciés en temps réel, cette compensation disparaît. L'énergie que votre batterie réinjecte sur une phase pendant que la PAC consomme sur une autre ne sera plus compensée. Votre batterie ne remboursera qu'un tiers de ce qu'elle devrait. C'est un risque que personne ne mentionne dans les devis, et qui pourrait changer toute l'équation d'ici quelques années.

Le backup qui n'existe pas

De plus en plus de gens veulent une alimentation de secours. Quand le réseau tombe, la batterie et les panneaux prennent le relais. En 400V+N, les solutions sont là : onduleurs hybrides avec backup, batteries avec gateway, systèmes intégrés.

En delta 3×230V, aucun de ces systèmes ne fonctionne. Les gateways de Tesla, Sigenergy, Enphase, SMA recréent tous un réseau étoile 400V+N en cas de coupure. En delta, la topologie est incompatible. On peut mettre un onduleur mono en secours sur un circuit, une paire de phases, mais le reste de la maison reste dans le noir. Avec les coupures qui se multiplient et l'autoconsommation qui devient la norme, c'est un vrai manque.

Et le RGIE par-dessus tout ça

Le 3×230V ne vient jamais seul. Ces installations ont 40 à 70 ans. Le RGIE exige un contrôle de conformité dès qu'on touche à l'installation, et depuis le 1er avril 2026 les règles couvrent aussi le DC, le PV, les batteries et les bornes.

Ce qu'on trouve à chaque fois ou presque : câblage trop fin pour 7 à 11 kW, différentiels de 300 mA là où il faut du 30 mA type A ou B pour une borne (Belgotest), terre qui ne mesure pas ce qu'elle devrait, et parfois du câblage aluminium qu'il faut remplacer. Le réseau delta est un problème, mais c'est rarement le seul.

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Stephan De Grove

Intégrateur d'énergie en Belgique · Rescert PAC N° 08430 · Rescert PV N° 07207 · KNX Expert

Conçoit des systèmes résidentiels qui combinent solaire, stockage, PAC, EMS et domotique. Écrit sur ce qu'il voit sur le terrain, pas sur ce qu'il lit dans les brochures.

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